Le Lac Inle, la mer tranquille dans la montagne

Le Lac Inle, la mer tranquille dans la montagne

Le lac Inle est parfois appelé « the sea in the mountain », en raison de son altitude (884 m) et du fait qu’il soit bordé de montagnes… Récit de notre séjour sur ce lac étonnant.

Un « day-off » bien mérité

C’est à Nyang Shwe que nous avons posé nos bagages pour visiter ce beau lac et ses alentours, et nous remettre de notre trek de trois jours à travers la campagne birmane. Cette ville n’a pas grand intérêt, mais c’est là où tous les touristes peuvent loger et c’est juste à coté du lac donc elle est incontournable. Nous avons déjà eu un aperçu la veille du lac en arrivant en pirogue après notre trek. Le lac est immense : 22 km de longueur et 11km de largeur ! Il est bordé de villages sur pilotis, et de grandes zones du lac sont recouvertes par des cultures dites « flottantes ».

Nous passons la première journée à visiter la ville, à flâner sur le marché, et… c’est tout car pluie tombe toute l’après-midi ! Mais surtout, moment fort de cette journée, Julien s’est offert un petit rafraichissement des cheveux et de la barbe, et ça c’était pas du luxe :)

Nous souhaitons donc en voir plus et décidons de louer un bateau. Bien que les circuits prédéfinis par les conducteurs de pirogues soient biens rodés et assez touristiques, ils permettent de découvrir les principaux points d’intérêt du lac. Ils permettent en plus de d’apercevoir le mode de vie si particulier des gens qui vivent sur l’eau et dépendent entièrement du lac.

Nous partons donc pour la journée le lendemain avec deux comparses rencontrés durant le trek entre Kalaw et Inle, Tania (Suisse) et Eyal (Israëlien). Le départ est prévu à 5h30 pour pouvoir assister au lever du soleil et au festival du Phaung Daw Oo qui a lieu uniquement 18 jours par an fin entre fin septembre et début octobre.

Visite du Lac Inle

Minute culturelle : le festival du Phaung Daw Oo

Tous les ans, pendant 18 jours au moment de la pleine lune de Thadingyut (aux alentours du mois d’octobre), d’immenses bateaux-pagodes éclatants de dorures voyagent d’un village à l’autre autour du lac Inle. Ils embarquent à bord des statues dorées de Bouddha. À chaque jour de cette procession, ces statues sacrées visitent un ou plusieurs monastères et sont honorés par les moines. Elles sont transportées de pagode en pagode à bord d’un convoi de barges décorées.
La barque principale, celle qui mène le cortège, représente le Karaweik, l’oiseau doré de la mythologie birmane. Ce bateau « sacré » est gardé par des sages et des prêtres, et porte un baldaquin abritant 4 bouddhas de la pagode Phaung Daw Oo. Elle est située en queue du cortège, et est en fait tirée par les barges qui se trouvent devant, toutes reliées par une corde.
Cette fête traditionnelle donne aussi lieu à des courses de rameurs debout, vêtus de costumes traditionnels.

Lever de soleil sur le lac, un moment de sérénité et de magie

Arrivés au ponton principal, c’est sous la pluie que nous embarquons dans notre grande pirogue, qui peut accueillir jusqu’à 10 personnes (assises au fond), ou 5 touristes (assis sur des chaises). Nous filons à plein régime vers le lac. La pluie cesse et sous les nuages nous apercevons les premières lueurs du soleil. Il ne fait pas très froid et nous sommes heureux d’être là. Nous voyons un ou deux pêcheurs mais pas plus. Leur méthode de pêche est originale : ils pagaient avec le pied pour relever le filet avec les mains. La plupart des pécheurs croisés utilisent un filet, plutôt que la nasse traditionnelle qu’on voit sur la plupart des photos.

Notre pilote s’arrête près de jardins flottants pour attendre que la procession arrive. Ces jardins sont une des spécialités du lac, qui est en fait peu profond (une dizaine de mètres max en saison des pluies). En utilisant des racines, des végétaux emmêlés les uns aux autres et un peu de terre, les paysans du lac arrivent à créer des plateformes sur lesquelles poussent des légumes, puisant les nutriments dans l’eau du lac. Ces plateformes sont ancrées avec des piquets de bambou, et suivent l’évolution du niveau d’eau. Pour autant, ces jardins flottant prennent peu à peu racine dans le lac et font diminuer la surface du lac.

Progressivement d’autres bateaux avec des touristes (et des vendeurs de souvenirs) nous rejoignent sur l’eau, ainsi que des locaux. La procession arrive vers 7h avec pas moins de 23 bateaux qui se suivent, reliés par des cordes. Les bateaux sont manœuvrés par des cinquantaines de rameurs, encouragés par des musiciens et danseurs au rythme des tambours et cymbales (parfois même avec une musique techno !). Cette cadence de rame, quasi hypnotique, donne l’impression que ces pirogues sont des « mille-pattes » géants. L’instant est relativement court (une dizaine de minutes) face à l’attente mais le spectacle en vaut le coût !

Les « must see » du lac

Notre guide nous emmène ensuite au village de Nam Pan pour assister au « marché des 5 jours ». Chaque jour de la semaine, un marché est organisé dans l’un des 5 petits villages qui entourent le lac. Nam Pan est peut-être le plus « touristique » de ces marchés, avec de nombreux étalages de souvenirs. C’est toutefois très intéressant d’aller se perdre dans les allées, et de voir la vie locale du marché. Une multitude de vendeurs de fruits et légumes, de grandes galettes de riz (ressemblant à des papadam indiens), ainsi que des épices, des rames, du bambou… Nous avions lu que les marchés flottants (où tout se fait de bateaux à bateaux) n’existent plus sur le lac en raison d’un trop grand nombre de touristes. Cela nous a été confirmé par plusieurs personnes.

La suite de la visite est organisée en fonction de « points d’intérêts » tels que la filature de coton, lotus et soie, la réalisation de cigares, la fonte de métaux précieux (argent), etc. Ces points d’intérêts sont dispersés dans autant de villages « flottants » (sur pilotis).

Malgré le coté ludique, nous ne pouvons pas nous empêcher de ressentir un « attrape-touristes » dans chacun. Bon on exagère un petit peu, la fabrique de soie et de lotus était très intéressante (et révélatrice de conditions de travail pénibles pour les tisserandes). Pour le reste, on a un peu l’impression d’être en face d’acteurs studio qui font semblant de travailler dès qu’il y a des touristes pour mieux les attirer vers leur boutique. Le plus choquant pour nous aura été celui où 3 femmes à long cou (femmes « girafes ») étaient assises là, par terre, en train de tisser des écharpes, un peu comme des animaux de foire. Nous n’étions pas du tout à l’aise et ressentions un vrai malaise. Surtout quand la dame nous a dit qu’elles avaient mal parfois avec leurs colliers… Vous imaginez bien que nous n’avons pas pris de photos de ce moment là.

Minute culturelle : les femmes girafes en Birmanie (extrait de l’article wikipédia)

Les Padaung, aussi connus sous le nom de Karen, “Femmes girafes” ou bien encore “Femmes au long cou” sont emblématiques du Myanmar. C’est autour de l’âge de 4-5 ans que les fillettes reçoivent leur premier collier-spirale d’un poids d’environ 1,5kg, et celui-ci est remplacé par une spirale plus longue au fur et à mesure de leur croissance (ce ne sont donc pas des anneaux que l’on ajoute, mais toute la spirale que l’on change).
A l’âge de 9 ans le collier pèse dans les 4kgs, à 17 ans 6kgs, à 20 ans 8kgs ! Une femme peut ainsi porter jusqu’à huit kilos de collier qui compressent ses épaules et ses clavicules, plutôt que d’étirer son cou, comme on pourrait le penser.
De nombreuses explications sont données sur le « pourquoi », l’une d’entre elles étant pour se protéger des morsures de tigres alors nombreux dans la région. Une autre serait la ressemblance avec un dragon, figure importante du folklore Kayah.
Au Myanmar, les femmes girafes habitent au cœur des montagnes, dans l’Etat Kayah, à l’est du pays. En 1990, à cause du conflit avec le régime militaire birman, beaucoup de Karen sont parties se réfugier en Thaïlande, pays voisin, près de la frontière nord, du côte de Chiang Rai. Bien sur, des hommes intéressés par l’argent ont senti le filon et ont commencé à développer des circuits touristiques autour de ces minorités ethniques et ça a marché ! A Mae Hong Son en Thailande, les femmes girafes sont exhibées comme dans un zoo humain. Elles y vivent encore aujourd’hui grâce au tourisme, en vendant leurs souvenirs et en prenant la pause devant des touristes fascinés et heureux d’avoir ramené des photos de voyage insolites…

Ce que nous avons finalement préféré était de traverser ces villages posés sur des bambous, au dessus du lac, et d’y observer la vie des gens, l’organisation des choses… Quelle sensation de plénitude que de glisser sur les eaux tranquilles du lac, parsemées de mottes de végétaux flottants, en regardant les nuages se refléter à la surface, bercés par le « pet-pet-pet-pet-pet-pet » du moteur ;)

Nous avons également visité le temple de Paya Phaung Daw Oo (où sont entreposées des statuettes de bouddha recouvertes de feuille d’or, à tel point qu’elles sont difformes désormais), le monastère de Nga Phe Chaung (dit « des chats sautants ») et enfin les 1200 stupas ( !) du village de In Dein. La plupart de ces stupas sont en ruines, on se croirait dans la peau d’explorateurs…

Cette découverte en bateau du lac permet vraiment de profiter des paysages magnifiques et de découvrir de nombreux aspects du site (jardins flottants, maisons sur pilotis). On regrette toutefois les arrêts dans les « ateliers », dont certains semblent être plus des reconstitutions pour touristes.

Coucher de soleil et dégustation de vin

Nous avons conclu cette journée avec une petite dégustation de vin birman ! En bons Français (ou tout simplement en bons gourmands ! ), on ne pouvait pas louper l’une des rares dégustations de vin du pays ! On a donc loué les vélos à l’hôtel pour nous rendre à la Red Mountain Winnery, situé à 4 km à l’Est de Nyaung Shwe. L’endroit est très mignon, situé sur les hauteurs, on a pu apprécier le coucher du soleil entre deux nuages avec vue sur les vignes et le lac. Le vin n’était pas exceptionnel mais il se laisse gouter ;)

Le Phaung Daw Oo festival

Le dernier jour, on se lève tôt pour assister à l’arrivée de la procession de pirogues dans le village (arrivée prévue vers 7h). Tout Nyaung Shwe est en ébullition, on a l’impression que c’est le 14 juillet ou la finale de la coupe du monde de football, ça grouille de monde de tous les côtés ! Bonne ambiance dans toute la ville, il y a même une fête foraine avec barbe à papa, ballons pour les enfants et tout et tout.

On aura donc aussi l’occasion de voir les fameuses courses entre les bateaux. Bon, on a pas tout compris, entre les faux départs évidents mais non sanctionnés et les différentes manches pour déclarer les vainqueurs, mais c’était un chouette moment. Imaginez, 50 personnes sur une pirogue géante, à pagayer avec les pieds pour faire avancer le bateau avant son concurrent…

Nous profitons du reste de la journée pour écrire nos articles avant de prendre un nouveau bus de nuit pour Bagan !

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